Grès : une perspective avec Hanne Friis
PHASES, 2017
Velours de soie teint à la main (cochenille et cônes), entièrement cousu à la main
PHASES, 2017 — détail, textures en mouvement
Hanne Friis développe un langage textile qui naît directement de la matière. Elle teint elle‑même ses étoffes — soie, velours, organza — avec des pigments naturels qui imprègnent la fibre d’une profondeur presque tellurique, puis elle plisse, replie, contracte et coud le tissu à la main dans un geste continu qui transforme la surface en volume.
Ses sculptures semblent issues d’un mouvement interne ; elles se resserrent et se déploient comme des formes minérales en croissance lente, traversées par des tensions silencieuses. Le textile devient alors une substance vivante, mais aussi une matière géologique, stratifiée, dense, qui porte en elle la mémoire du geste. Chez Friis, le textile n’est pas un support : il est un médium de transformation, un lieu où la matière se reforme, où le geste sculpte sans jamais figer.
Dans un autre temps, Madame Grès façonne le vêtement comme une forme sculpturale. Le drapé devient structure, la ligne s’élève avec la présence d’un matériau taillé, et le tissu trouve une verticalité calme qui évoque autant la pierre que le corps. Son travail révèle une maîtrise du volume qui transforme le vêtement en sculpture, dans un équilibre subtil entre retenue et puissance.
Chez elle, le geste sculptural s’inscrit dans une tradition plus classique : il organise, il ordonne, il taille la forme comme on taille un bloc, tout en laissant affleurer une douceur presque minérale.
Entre ces deux artistes, un espace commun apparaît, non pas dans la comparaison mais dans la manière dont chacune laisse la matière parler.
L’une explore la densité, l’autre la ligne. L’une met en forme une expansion, l’autre sculpte la forme ; et dans ces approches différentes se dessine une même attention au volume, au rythme, à la transformation.
C’est ce rapprochement que se révèle le textile, qu’il soit travaillé dans une logique contemporaine ou dans une tradition sculpturale plus classique, et ainsi devient un terrain de métamorphose, un espace où la matière se modèle sous l’impulsion du geste.
C’est dans cet intervalle que se tisse une correspondance des matières, un échange où les œuvres de Grès et de Friis se répondent par leur présence, leur intensité et leur profondeur. Le textile, qu’il soit sculpté, tendu, contracté ou déployé, devient le lieu d’une rencontre silencieuse entre deux visions qui, chacune à leur manière, donnent forme au vivant — l’une par la croissance interne, l’autre par la taille et la ligne.
Ce rapprochement n’explique pas : il met en lumière la continuité du geste sculptural, du classique au contemporain, où le textile devient un véritable médium de transformation.
Hanne Friis – le geste qui modèle la matière